FOSDEM 2017 : nos impressions

Un amphithéâtre plein à craquer lors de la conférence principale sur les Kubernetes

Cette année, nos envoyés spéciaux au FOSDEM étaient 5. Soizik, Cécile, Clément, Adrien et Andreas nous livrent leurs impressions, leurs coups de cœurs et leurs découvertes.


Soizik Froger, chef de projet

– Plongé : dans mon 1er FOSDEM. Ce fut une super expérience, avec un seul regret : ne pas avoir le don d’ubiquité ! Un sacré bain de techno, de passionnés et une belle leçon d’humilité face au niveau des intervenants !

– Préféré : la conférence du petit «frenchy» Matthieu Totet sur le cycle « graph » : un travail passionné et passionnant sur son module Gephy de suivi en temps réel de l’activité Twitter, ou comment saisir le potentiel fantastique de cette technologie!

– (Presque) pleuré de joie : lors de la séance de Q&A avec le Governing board OpenJDK Java : Mark Reinhold, Mario Torre, Andrew Haley, Georges Saab & Doug Lee (embedded). J’ai volé une photo devant laquelle je me prosternai chaque soir jusqu’au prochain FOSDEM.

Mark Reinhold, Mario Torre, Andrew Haley, Georges Saab & Doug Lee (en téléconférence).

– Décerné : la palme du meilleur orateur pour Christian Thalinger pour son benchmark du Compiler JIT Graal sur les services Twitter car j’ai tout compris et je ne pense pas que cela vienne de moi !

– Découvert : ce qui se cache sous le capot de Ring. On a assisté à un bel échange technique autour de l’architecture et à une immense vague d’enthousiasme pour ce projet ambitieux et modulable ! Bravo à l’équipe !


Cécile Delépine, directrice générale déléguée Europe

– Sauté à pieds joints : dans mon premier FOSDEM. Ce fut une super occasion de rencontrer l’écosystème dans un environnement à la fois détendu et très professionnel.

– Surveillé : l’orchestration de containers avec Kubernetes, la communauté Open Source qui croît plus rapidement en ce moment. Le FOSDEM est l’endroit idéal pour faire de la veille technologique, que je ne fais pas comme une ingénieure mais comme une développeuse d’affaires.

– Fait à savoir : le FOSDEM, c’est aussi l’occasion pour recruter (nous avons investi le job corner avec nos offres au Canada et en France !), faire connaître Savoir-faire Linux aux jeunes, moins jeunes et surtout donner envie aux talents de nous rejoindre. La conférence Ring y a bien sûr contribué mais aussi l’implication de Clément avec LemonLdap et notre présence sur le stand OW2.

– Entendu parler : la conférence Mozilla: What motivates the open source community? par Rina Jensen, dont les conclusions devraient être partagées.

Beaucoup de lecture en perspective !

– Décerné : le Prix spécial pour moi revient à Software Heritage, un projet porté par Roberto Di Cosmo (INRIA, membre du GTLL Systematic). Le code source de nos projets sont un COMMUN, il doit à ce titre être accessible par tous et centralisé dans une archive qui ne dépend pas d’une solution ou d’une autre (Github, Bitbucket…) .

– Dévoré : Je suis repartie avec How Linux works? et je viens de finir le chapitre 2 🙂

Clément Oudot, expert infrastructure et sécurité

– Représenté : le projet LemonLDAP::NG. J’ai pu ainsi échanger avec les communautés FusionDirectory et Spoon. La présence d’un stand OW2 pour la première année démontre que ce consortium n’est pas qu’orienté Entreprise mais est bien également un acteur communautaire.

– Enchanté : par l’affluence. Entre le kiosque Perl et la devroom bien fournie le dimanche, c’est un plaisir de sentir que ce langage attire encore du monde !

– Croisé : beaucoup de connaissances travaillant dans d’autres communautés, comme Framasoft, XMPP, OpenStack, VLC, PHP, etc.

Notre équipe France au kiosque OW2 : Clément Oudot (c), Cécile Delépine et Soizik Froger
Sous le capot de Ring avec Adrien Béraud et Andreas Traczyk

Adrien Béraud, ingénieur système projet Ring

– Excité : par ce vivier d’échanges enrichissants. Ce fut très excitant, émulant. Nous avons rencontré plein de gens avec des projets intéressants. Il y avait tellement de monde, près 8000 personnes sur les deux jours.

– Marqué : par l’intérêt du public lors de la conférence de Ring l’année dernière, les gens découvraient Ring. Cette année, ils cherchaient à en savoir plus sur la technologie autour du logiciel. D’où des échanges très intéressants dans une salle trop petite pour accueillir tout ce monde intéressé par notre solution. On observe une demande croissante pour les systèmes de communication distribués.

– Écouté : Alok Anand, qui a présenté le module dédié à Ring pour Telepathy. Il l’a développé dans le cadre de Google Summer of Code, avec l’appui de Savoir-faire Linux.

Andreas Traczyk, développeur projet Ring

– Débarqué : à mon premier FOSDEM. Venant de Montréal, j’ai été servi. Cela a dépassé mes attentes. Il y avait vraiment beaucoup de participants, de gens brillants, ce fut assez intense!

Il y avait du monde à la présentation de Ring !

– Impressionné : par la participation à la conférence de Ring. Malgré le peu de temps imparti, nous avons été bien reçus, les questions du public ont été stimulantes, en sachant que d’autres personnes n’ont pas pu assister à notre présentation, faute de place ! J’espère que nous aurons plus de temps l’année prochaine.

– Regretté : de ne pas avoir eu assez de temps pour parler de Ring !

– Assisté : à la très bonne présentation de Daniel Pocock sur le socio-financement (crowdfounding) de projets dans notre domaine.

 

2017 : l’année de l’intelligence

Bonne année ! Si 2016 a été une année pleine de surprises, 2017 sera marquée par l’intelligence et l’audace. La technologie devient plus intelligente et nous n’avons pas d’autre choix que de l’être aussi.

Le bilan de 2016
En janvier, c’est l’heure de faire le bilan de l’année écoulée. Le nôtre et celui de notre environnement. 2016 fut toute une année. Beaucoup d’artistes géniaux nous ont quitté, dont de nombreux musiciens. Les Britanniques ont rappelé leur insularité, un caractère profondément ancré de leur identité. Chez nos voisins du Sud, c’est un nouveau tournant politique et un ton qui détonne, à la suite de l’élection présidentielle en novembre dernier. Que j’en ai passé des heures les yeux rivés à mes écrans suivant les cours fluctuants de la Livre Sterling et de la bourse !
Cependant, cette nouvelle donne politique s’est invitée au Canada, dès les premiers jours de janvier, avec la hausse du prix du pétrole au Mexique (20%) et en Ontario (~10 %). À cette hausse s’ajoutent les rumeurs de départ de compagnies en raison du coût des affaires, d’autant que d’aucuns – notre premier ministre Justin Trudeau en tête – se préparent à renégocier les accords de l’Alena avec la nouvelle administration américaine. Dès lors, les inquiétudes surgissent à l’égard de l’industrie automobile en Ontario (et au Mexique). Heureusement, le Consumer Electronic Show 2017 (CES)  arrive sur une note positive. Le temps est venu pour des décisions intelligentes et audacieuses. Dont nous avons besoin plus que jamais. Et l’intelligence est, par chance, le thème de ce salon.

Se réjouir du CES 2017
Pour commencer l’année, j’aimerais réfléchir aux nouvelles façons dont la technologie peut nous faciliter la vie et la rendre plus riche encore. L’industrie automobile a, par exemple, fait des progrès remarquables. Toyota a présenté son Concept i car, au moment où on attend beaucoup de la robotique et de l’intelligence artificielle, notamment en matière de sécurité. BMW a une approche différente, plus solide, qui fait toutefois appel à ses partenaires industriels, avec Intel et Mobileye, afin de collaborer à une plateforme ouverte. BMW souhaite sortir sa première voiture autonome iNEXT en 2021.

Je crois que cette approche est plus solide, parce que les hommes et la technologie y ont le même poids sur la balance. A cet égard, le groupe français Renault, associé à Nissan et Mitsubishi a présenté un projet très audacieux de première voiture open source grand public. Le groupe vend 10 millions de véhicules par an, figurant parmi les 3 premiers constructeurs automobiles au monde.

La Twizy Renault ouvre les codes complètement, autant pour le software que la hardware. ARM et OSVehicle sont des partenaires clés dans cette aventure, invitant les autres constructeurs, la communauté de développeurs et les férus d’automobiles à construire la voiture du 21e siècle.

La première voiture open source grand public au monde. Construisons-là ensemble !

Twizy Renault. Photo de Jwh. CC BY-SA 3.0 lu,

Le défi est lancé. L’appel est lancé. Les meilleurs cerveaux travaillent à créer la voiture complètement autonome. Si je suis aussi passionné par les technologies intelligentes, c’est que, à mon sens, nous sommes sur le point de réaliser ce but, parce que des professionnels intelligents travaillent de manière libre et ouverte. Plus il y a de monde dessus, meilleures sont les données, comme l’est la solution.

Une technologie intelligente
Les nouvelles applications industrielles et commerciales qui débarquent aujourd’hui possèdent en leur sein une certaine dose d’intelligence artificielle. Au cours des années, la technologie est passée de l’analyse au big data et à l’intelligence artificielle. Ces techniques partagent cet usage massif des données (plus il y a de données, meilleure est la formation et donc la performance). Les voitures complètement autonomes ne le seront que grâce à la vision informatique et les techniques telle que le deep learning sont essentielles pour le réaliser.
Fait intéressant, plusieurs de ces technologies sont disponibles sous une licence libre ou open source. Par exemple Tensorflow, créé par l’équipe Google Brain, est disponible sur GitHub, avec une licence Apache 2.0. Tensorflow est utilisé par Google, Twitter Airbus, Uber, Snapchat, etc. Alors que IBM, Microsoft (CNTK, DMTK), Facebook, Amazon entre autres planchent sur leurs propres projets, Datamation présente 15 des meilleurs projets en IA sous licence libre / open source. En matière de big data, les termes Hadoop, Spark, R, Python MongoDB sont des noms récurrents aux oreilles des experts.

Des professionnels intelligents
Toutefois, l’intelligence artificielle ne peut se créer elle-même, cette tâche incombe à des personnes intelligentes, qui la façonnent, comme il en a été discuté à Davos l’année dernière. Pour une fois, l’industrie (toutes les industries) a des besoins importants en recrutement (lire : il y a de belles opportunités d’emploi) dans le secteur du libre et de l’open source. L’industrie automobile n’est qu’un exemple de la rencontre d’une technologie à inventer et d’un produit à offrir aux consommateurs. Il y a une réelle demande pour les métiers scientifiques et d’ingénierie. Avis à une jeunesse à la recherche de pistes d’orientation…
L’intelligence au travail repose sur ce que les gens savent et ce qu’ils font, et comment ils le font. La communauté du Logiciel Libre et de l’Open Source en est la démonstration quotidienne. Les logiciels et les solutions s’améliorent chaque jour parce que chacun y partage son savoir et ses compétences. Pour les jeunes diplômés, c’est un moyen de se faire la main en apprenant les meilleures pratiques, grâce à des professionnels plus expérimentés. L’industrie y verra une très bonne façon de créer des systèmes complexes, échelonnés et interopérables qui peuvent être maintenus de manière relativement facile sur une longue durée. Par exemple, Bosch travaille sur plusieurs logiciels libres et open source à destination de l’industrie automobile.

Une table ronde organisée par la Ryerson Commerce and Government Association (RCGA). De gauche à droite: Diane Francis (auteur récipiendaire de nombreux prix et entrepreneure), Alex Goncharenko (CPA du Ministère ontarien des Services gouvernementaux et des Services aux consommateurs), Marc Lijour (Directeur, Savoir-faire Linux Toronto). Crédit photo Ryerson

Les contributions de Savoir-faire Linux
L’engagement de Savoir-faire Linux est l’un des piliers importants de notre stratégie. Nous sommes présents auprès de la jeunesse, grâce à des commandites comme la Maison du logiciel libre à Montréal, en partenariat avec Google et Red Hat. À Toronto, nous avons participé à plusieurs présentations dans des écoles postsecondaires pour guider les jeunes en matière d’orientation, notamment vers une carrière dans le secteur des technologies.

Il y a un mois, nous avons présenté la technologie Android au T.Hacks 2016, et Python au groupe Women in Computer Science and Women in IT Management à l’Université Ryerson. Cette présentation est disponible sur GitHub. Toujours à Ryerson, nous avons discuté protection de la vie privée et cybersécurité avec la Ryerson Commerce and Government Association (RCGA). À partir de 2017, nous commençons un partenariat de formation avec le Conseil des technologies de l’information et des communications, financé par le gouvernement de l’Ontario. Nous donnons la possibilité aux jeunes d’avoir un travail plus facilement dans les TIC, tout en aidant les petites entreprises à passer au numérique intelligemment.
Nous faisons appel à tous les jeunes intelligents et les professionnels, afin de nous rejoindre dans notre effort pour rendre le monde plus connecté, plus sécuritaire et plus humain. Et bien sûr, le rendre plus libre avec nous !

Un don pour soutenir l’agriculture urbaine à vocation sociale

À l’occasion de notre party de Noël 2016, nos employés ont contribué 1535 dollars auprès de l’organisme Sentier urbain grâce à une loterie organisée par le Club social.

Ce mercredi, nous avons remis le chèque à François Forcier, directeur-adjoint de Sentier Urbain, un organisme à but non lucratif dont la mission est de susciter la mobilisation des collectivités pour le verdissement social.

Logo Sentier UrbainPar son action, il contribue simultanément et de façon concrète à la sensibilisation environnementale, à l’insertion socio-professionnelle des jeunes et à l’embellissement des milieux de vie. L’organisme collabore ainsi, avec l’appui de nombreux partenaires, à l’amélioration de la santé et de la qualité de vie à Montréal.

L’agriculture urbaine : un outil d’action sociale

Le programme Des Potagers en santé pour une collectivité engagée auquel le don sera affecté fait appel à l’agriculture urbaine comme levier d’intervention et plate-forme éducative. Ce travail permet, à terme, de développer parmi la clientèle une assurance et une confiance en soi. De plus, le rapport à la nature s’avère un outil thérapeutique pour beaucoup, qui mettent leurs problèmes de côté pour quelque temps. Et leur anxiété se réduit grâce à cette attention portée sur le potager.

Cette action correspond à la vision de Savoir-faire Linux d’engagement social et environnemental, ici portée par ses employés. Nous sommes fiers d’avoir modestement contribué à cet organisme qui fait beaucoup pour la communauté et l’embellissement de nos quartiers.

Hommage à Ian Murdock, le fondateur de Debian

Photo de Ian Murdock
Crédit Ilya Schurov , Computerra Weekly — CC

Il y a un an disparaissait Ian Murdock et avec lui, une partie du cœur des défenseurs du logiciel libre. Nous souhaitons rendre hommage au fondateur de Debian, car chez Savoir-faire Linux, nous utilisons son héritage tous les jours.

Le libre avant tout

Étudiant à l’université Purdue, Ian Murdock découvre Linux au début des années 90. Fasciné par son éthique et sa vision, il plonge dedans avec passion.  En 1993, à seulement 20 ans, Ian Murock amorce son projet Debian, dont le nom trouve son origine dans la contraction du prénom de sa femme Debra Lynn et de Ian, son propre prénom. Développé initialement avec la collaboration d’un petit groupe de Hacker du Libre, Debian devient rapidement l’une des premières distributions Linux, ouverte et gratuite à connaître le succès et à rassembler une communauté croissante de développeurs et d’utilisateurs du Libre. La même année, Ian Murdock publie le Manifeste Debian, qui scelle la philosophie humaniste en arrière-plan du projet informatique. Elle s’inscrit dans la ligne droite de l’esprit du projet GNU et de Linux :

1. Debian restera un projet entièrement libre.
2. Tous les nouveaux développements reviendront à la communauté.
3. La transparence est un bien acquis.
4. Les utilisateurs et le logiciel libre sont les priorités du projet.
5. Exceptions aux principes du logiciel libre prévus pour répondre à tous les besoins.

À cela s’ajoutent plusieurs principes enchâssés dans un contrat social, une constitution et une série d’instructions, démontrant une vision axée sur la diversité et la non-discrimination que ce soit des utilisateurs ou des logiciels et une distribution libre et gratuite, principes clés de Debian.

Un projet communautaire aux ramifications infinies

Logo DebianAujourd’hui, le projet Debian compte plus d’un millier de développeurs officiels sans oublier plusieurs centaines de contributeurs occasionnels et contient pas moins de 43 500 paquets logiciels. Chaque version de Debian dont la sortie varie en fonction du degré de stabilité porte le nom d’un personnage du film d’animation Toy Story des studios Pixar – ma préférence va à Monsieur Patate et vous?
Comme dans toute organisation basée sur le libre, les développeurs peuvent entreprendre des forks, une branche du projet qui aura sa propre continuité. Et les forks du projet Debian sont nombreuses. Sans les nommer de manière exhaustive, on peut citer Ubuntu que nous utilisons chez Savoir-faire Linux, Xubuntu ou encore SteamOS.

Un autre caractère distinctif de Debian est son mode organisationnel. Lors de sa découverte de Linux et du modèle du logiciel libre, Ian Murdock reste profondément marqué par l’aspect communautaire du projet. À son tour, il a voulu donner au suivant. Le projet Debian est dès lors chapeauté par une fondation à but non lucratif, la Software in Public Interest (SPI), au sein de laquelle une communauté de développeurs bénévoles décide des orientations et des développements futurs. Un chef du projet est élu chaque année par les membres. Ian Murdock passe naturellement le relais à d’autres chefs, mais gardera un œil dessus, notamment par le biais de son poste de secrétaire de la fondation.

Ring sur Debian

Grâce au travail d’Alexandre Viau, Debian Developer et développeur chez Savoir-faire Linux, notre projet Ring est accepté depuis le 30 juin 2016 sur Debian testing, les dépôts de développement de Strech, la prochaine version de Debian. Une formidable reconnaissance pour l’équipe Ring de Savoir-faire Linux et une bonne nouvelle pour les utilisateurs qui peuvent désormais installer Ring à partir des dépôts de leur distribution Debian sans avoir à ajouter ceux de ring.cx.

Afin de présenter Ring à la communauté Debian, Alexandre et son collègue Simon Désaulniers ont participé à la DebConf 2016, dans la ville du Cap, en Afrique du Sud. Ils ont également profité de cet événement international du Libre  pour présenter de l’OpenDHT, notre système de table de hachage distribué, au cœur du projet Ring. Le paquet libopendht a par ailleurs fait son apparition sur Debian experimental pendant la DebConf.

Au regard de Gabriela Coleman, professeure et chercheure à l’Université McGill, outre la communauté créée autour du projet, l’héritage de Ian Murdock repose sur le fait qu’il y ait insufflé une culture de la collaboration issue de GNU et Linux, ce qui fait du projet Debian une réussite bien plus large que le développement technique d’un produit informatique de bonne facture.

Le graphisme libre à l’honneur au Grafik Labor 2016

logo2016grafiklabor

Première conférence 100% francophone sur les logiciels libres en graphisme, Grafik Labor a réuni à Rennes des férus de création libre en juillet dernier.

En tant qu’intégrateur web œuvrant dans le libre, il faut parfois faire des compromis avec les designers sur le choix d’applications dans la création de maquettes. La grande majorité des designers travaille avec des logiciels propriétaires, nous obligeant ainsi d’avoir accès à ces mêmes logiciels. Certaines applications libres sont compatibles mais pas toutes. Heureusement, il y a un effort soutenu pour continuer d’améliorer les logiciels libres en graphisme. Un effort que je suis allé observer de plus près cet été lors d’une conférence dédiée aux outils et aux productions libres de graphisme et de création visuelle.

C’est à Rennes, la porte d’entrée de la Bretagne, que se sont réunis des passionnés de logiciels libres de graphisme pour la première conférence intitulée Grafik Labor. Organisé par l’Association francophone de Graphisme Libre (AFGRAL)*, la conférence a pour but de réunir des professionnels du graphisme qui œuvrent avec des logiciels libres et les développeurs qui y contribuent.

Elisa de Castro Guerra et Cédric Gémy, organisateurs de l’événement, participent depuis longtemps aux conférences Libre Graphics Meeting (LGM), principale rencontre internationale autour du graphisme libre. Grafik Labor nous offre donc une conférence dans le même esprit que LGM, 100% en français, dans les bureaux de ActivDesign au coeur de Rennes.

Scribus  et Blender sous la loupe

La conférence a débuté avec des présentations à propos de Scribus, un logiciel de publication sur ordinateur de bureau. Contrairement aux présentations de logiciels propriétaires, celles du libre n’ont rien à vendre. On assiste donc à une discussion franche et spontanée. Le premier présentateur, Ale, témoigne ouvertement des forces et des faiblesses du logiciel. La version stable, date un peu, certes, mais elle est tout de même plus simple à utiliser en production, alors que la version instable offre plus de fonctionnalités, même si, en contrepartie, elle contient plus de bogues.
Selon Ale, bien que Scribus puisse faire tout ce dont on a besoin pour faire de la mise en page, l’outil n’est pas encore aussi rapide que son alternative propriétaire. En revanche, si l’on souhaite éviter les contraintes de logiciels propriétaires, Scribus peut nous permettre de réaliser des produits de qualité, comme le prouve la seconde présentation.

L’équipe de Gargarismes, un journal local indépendant, est venue nous présenter leur publication montée entièrement avec Scribus. La présentation graphique éclatée à la une de leur journal démontre clairement les possibilités qu’offre cet outil entre les mains d’esprits créatifs. Gargarismes se décrit comme « un canard de critique sociale rennais ». La publication a deux ans, prouvant les capacités de cette application dans un contexte de production. Scribus leur permet de réaliser leur vision pour le numéro en cours, de produire un fichier en format PDF qui vectorise tous les textes afin de permettre à l’imprimeur de livrer un produit fidèle au fichier original.

The Encounter, court-métrage du collectif toulousain RGBa

Blender était impossible à manquer lors du Grafik Labor. Les présentations sur cette application nous en ont mis plein la vue! Outre la diffusion d’un court métrage et d’ exemples tangibles d’impression 3D, il y a eu une démonstration en direct d’un jeu vidéo. De plus, une seconde salle était réservée à des ateliers de perfectionnement sous la tutelle des experts. Blender compte parmi des logiciels les plus connus du graphisme libre, cependant peu de gens le maîtrisent. Il reste toujours quelque chose à découvrir dans ce véritable couteau suisse de la 3D. Plus connu comme un outil de production cinématographique 3D, il permet aussi de concevoir des jeux vidéo. On peut également créer des objets de tout genre, prêt pour l’impression 3D. Non seulement cette application permet de réaliser des projets en tout genre, mais son interface sert souvent de modèle pour d’autres applications graphiques.

Des outils libre au service des créateurs

Il fut intéressant pour moi de voir les différents niveaux de connaissances techniques des participants à Grafik Labor. Les développeurs apprenaient à mieux comprendre comment les utilisateurs se servent de leurs applications, les utilisateurs apprenaient à leur tour comment contribuer à l’amélioration des logiciels en les testant et en rédigeant des rapports de bogue. Dans cet esprit, les développeurs ont besoin de savoir quelles sont les nouvelles fonctionnalités nécessaires aux utilisateurs afin que ces derniers réalisent leurs travaux de manière optimale. Chaque personne impliquée dans l’écosystème de la création d’applications y apporte son grain de sel.

En pratique, ce n’est pas toujours aussi rose. Quelquefois, les différences entre les personnes, les conflits entre des personnalités peuvent pousser certains à cesser leur participation à un projet. Les artistes qui tentent d’apprendre à coder ont souvent une bonne courbe d’apprentissage avant de pouvoir fournir des lignes de programmation prêtes pour la production. Or, certains développeurs n’ont pas nécessairement la patience pour aider ces néophytes en programmation. De l’autre côté du miroir, les développeurs créent des interfaces visuelles qui ne sont pas perçues comme à la fine pointe du design et ces interfaces peuvent être vues avec dédain par ceux qui sont justement habitués à un design moderne. C’est avec persévérance, patience et compassion que nous allons relier ces deux entités et ainsi mettre en valeur nos forces en tant que communauté pour nous surpasser.

Si les logiciels libres en graphisme agissent comme catalyseurs, la finalité de leur utilisation réside dans la création, l’imagination, et le fruit du travail de tous. Le meilleur moment de cet atelier, c’est la fin de la journée dans les locaux d’ActivDesign, lorsque les lumières s’éteignent et tous les yeux sur l’écran sont rivés, pour visionner une collection de films produits entièrement à l’aide de logiciels libres.

L'équipe de Grafik Labor, 2016
Grafik Labor 2016
L'AFGRAL
L'Association francophone de Graphisme Libre (AFGRAL) est connue principalement pour ses formations et ses multiples publications de documentation sur diverses applications libres, souvent développées durant des sprints réguliers rassemblant une équipe de passionnés.